22.09.2010
"Black Power" à Washington !
La semaine dernière, j'ai été conviée à participer au 40ème Congressional Black Caucus, événement annuel qui réunit les parlementaires Afro-Américains des Etats-Unis. Depuis 1969, les membres noirs du Congrès et du Sénat forment un groupe parlementaire dont le but est d'impulser les mesures législatives pouvant influer sur la destinée des Afro-Américains et de manière plus générale, sur celle des Américains qui vivent dans des conditions difficiles.
Aujourd'hui le Black Caucus au sein duquel ont siégé d'éminentes figures (le Président Obama en était membre lorsqu'il était Sénateur) est à la pointe de réformes législatives concernant l'éducation, l'emploi ou la santé. C'est aussi aux membres de ce caucus que l'on doit la minute de silence consacrée à la mémoire de Michael Jackson lors de son décès...
On pourrait penser que l'élection d'un président noir à la tête des Etats-Unis aurait privé le Black Caucus de toute raison d'être, mais les parlementaires qui le composent ne se sont pas privés d'interpeler Barack Obama lorsqu'ils l'ont estimé nécessaire. Ce fut notamment le cas lorsqu'ils l'ont publiquement invité à agir davantage en faveur des Afro-Américains victimes de la crise économique, pour lesquels il en faisait « trop peu » à leur goût.
Ce voyage à Washington nous a donné l'occasion de participer à plusieurs évènements parmi lesquels une table ronde organisée au sein même du Capitole par la Commission d'Helsinki. Plusieurs intervenants français (Jackie Celestin-André- L'Oreal, Alain Dolium- MODEM, Khalid Hamdani - Institut pour l'éthique et la diversité, Pierre Vilmont Ambassadeur de France aux Etats-Unis ainsi que moi-même) étaient invites à évoquer la situation des minorités ethno-raciales en France. Les questions soulevées par le public nous ont rappelé à quel point l'image de la France avait été écornée par les récents soubresauts de notre politique intérieure... Sans surprise, les expulsions de Roms et l'interdiction du port du voile intégral ont été pointé d'un doigt accusateur par plusieurs participants, mais nous avons également été interpelés quant à l'évacuation musclée des familles mal-logées à La Courneuve en juillet dernier et dont la diffusion sur CNN (apparemment plus attentifs que les médias français...) a visiblement marqué les esprits américains.
L'après-midi le Congressman Mike Honda, qui appartient au Caucus des députés Asiatiques Américains, a mené une table ronde avec l'experte indépendante des Nations Unies, Ms Gay MacDonagall, qui en 2007 avait présenté un rapport dressant un état des lieux du racisme en France. Son texte, pourtant passé inaperçu, soulevait déjà de manière prémonitoire les problèmes qui surviendraient : on pouvait déjà y percevoir une dénonciation de la surenchère des déclarations hostiles des personnalités politiques, une critique sévère des conditions de vie des Roms ainsi qu'une interrogation sérieuse quant aux effets des interdictions des signes religieux. Si seulement quelqu'un s'en était saisi à l'époque...
Ce séjour nous a également donné l'occasion d'intervenir auprès des étudiants de la fameuse Howard University, prestigieuse université « noire » surnommée la « Black Harvard » dont sont issus Toni Morisson, Cheick Modibo Diarra ou encore Jessye Norman. Les questions concernant les « Noirs de France » ou « Afro Européens » étant nombreuses, il nous a été nécessaire d'expliquer que la réalité des Noirs américains n'était pas directement transposable à la France, où les « non-Blancs » de manière générale et les musulmans d'origine maghrébine en particulier, subissaient une forte stigmatisation.
A l'issue de cette rencontre, nous avons eu l'immense plaisir de déjeuner avec Mr Hilary Shelton, le Directeur du bureau de Washington de l'historique NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), organisation majeure de défense des droits civiques fondée en 1909, qui est aujourd'hui dans ce domaine le groupe le plus influent des Etats-Unis.
Enfin nous avons eu l'occasion de visiter le centre d'exposition où se déroulait le Congrès, mêlant débats, meetings et diffusions de films. Au delà des très attendues conférences sur « l'émergence de nouveaux leaders » ou « les enjeux du développement d'une élite économique», nous avons pu participer à des discussions ayant trait des sujets beaucoup plus surprenants tels que « l'influence du hip hop sur la politique américaine » ou « les femmes noires et leurs cheveux ». Sujets à débattre en France ?
Pour en savoir plus sur le Black Caucus, je vous invite à visionner ma chronique réalisée en duplex de Washington pour La Matinale de Canal+ .
Et très bientôt, sur ce blog, des images de nos interventions !
20:33 Publié dans Rokhaya in the USA | Lien permanent | Tags : black caucus, washington, politique, minorités, racisme, diversité | Commentaires (1)
30.03.2010
Dernière étape : « New York, New Yoooooooork ! »
Nous arrivons à New-York en pleine après midi, autant vous dire que la transition avec l’Alabama est violente : de la paisible et silencieuse Montgomery nous plongeons dans la folie newyorkaise.
Première visite au très original Simon Wiesenthal Center. A mi-chemin entre le musée et le centre de formation, le lieu
accueille les publics les plus variés pour les sensibiliser à l’antiracisme, le but étant d’aider les professionnels confrontés à des problématiques relatives au racisme (forces de l’ordre, enseignants…). Ainsi, toute personne recrutée dans le milieu carcéral doit effectuer un stage dans le centre. De plus en plus souvent les enseignants y accompagnent leurs classes. Tous les espaces sont organisés de manière interactive, autour de différentes thématiques (le poids des mots, des images, les conflits armés à composante raciste).
Le Centre qui est le premier organisme qui s’est penché sur l’extrémisme sur Internet, possède la base de données la plus importante sur cette question.
Une discussion s’engage sur la liberté d’expression garantie par le Premier amendement de la Constitution. Si elle est extrêmement protégée aux Etats Unis, nous n’y entendrons jamais les propos qui font actuellement débat en France. Selon notre interlocuteur Mr Mark Weitzman, l’expression libre doit être conjuguée avec la responsabilité, les propos racistes étant les leviers des actions haineuses. Je ne saurais que trop conseiller à certains de méditer cette phrase.
Nous filons dans les locaux de l’Anti Defamation League (l’ADL).
A mon arrivée, je me présente auprès de la dame qui nous accueille qui s’émerveille en entendant mon « superbe accent africain » qu’elle dit « adorer ». ça commence bien.
Ouf, ce n’est pas avec elle que nous avons rendez vous ! L’ADL existe depuis 1913. Créée au départ pour lutter contre l’antisémitisme, ses prérogatives se sont étendues à toutes les minorités.

Chez Catalyst, chaleureux accueil d’un nombre impressionnant de managers réunis tout spécialement pour nous.
La société chargée de promouvoir la présence des femmes dans les entreprises depuis 48 ans s’intéressait au départ aux individus en mettant à l’honneur les femmes leaders, role models pour les autres femmes. Elle se concentre désormais sur les organisations œuvrant pour le leadership féminin.
En vertu de sévères critères, Catalyst décerne des récompenses très prisées aux entreprises qui octroient aux femmes des places significatives dans le management.
La structure porte également un fort intérêt pour le parcours des femmes appartenant aux minorités ethno-raciales, plus éloignées encore du « modèle dominant blanc et masculin ».
Avec des bureaux au Canada, au Japon et en Suisse Catalyst s’internationalise, à quand la France ?
Au Center For an Urban Future, nous engageons une discussion à bâtons rompus avec Mr Andy Breslau, directeur du centre.
Chargé de favoriser le développement économique de la ville, le centre fournit aux décideurs des données leur permettant de balayer différents stéréotypes et d’engager un débat plus éclairé sur l’immigration.
Ancien journaliste à CNN notre interlocuteur connaît parfaitement les leviers d’influence et apporte à sa manière une solide contribution au débat politique.
Le lendemain nous rencontrons Ms Fatima A. Shama du Mayor’s Office of Immigrant.
Incroyable, New York est la seule ville qui dispose d’un département consacré à l’immigration au même titre que les hôpitaux
ou la Police. Il faut savoir que plus d’un tiers des new-yorkais est né en dehors des Etats-Unis : les immigrants et leurs enfants représentent 60% de la population de la ville !
New York s’illustre également car elle pratique ouvertement la désobéissance civile : elle protège tous les immigrés avec ou sans-papiers. Tout employé de la ville pratiquant la délation est immédiatement licencié. Cette position lui a valu d’être attaquée à plusieurs reprises par le gouvernement fédéral mais elle résiste…
La sympathique commissaire aux immigrés témoigne d’une volonté et d’une imagination débordantes. Tout est fait pour permettre aux différentes minorités de la ville d’accéder aux ressources de la ville : traduction des documents relatifs à la santé ou à l’accès des services de la police dans différentes langues, au sein d’un hôpital ouverture d’une Medina Clinic où le personnel médical est apte à recevoir des populations ouest-africaines, mise à disposition d’interprètes pour favoriser le lien parents-professeurs dans les écoles… Le département produit même le show télévisé « We Are New York » relayant des informations à destination des immigrés !

Pour clore notre tournée américaine, nous rencontrons un leader communautaire détonnant : Mr Mohammed Razvi. Figure incontournable de la communauté pakistanaise, Mr Ravi nous raconte avec passion comment il a structuré la protestation contre l’islamophobie dont étaient victimes les personnes de son groupe. Empilant toutes les plaintes, il est à l’origine d’un rapport produit par le département des affaires relatives aux immigrants. Son succès lui a valu d’être sollicité par différents pays, souhaitant cultiver l’amitié intercommunautaire, parmi lesquels Israël.
Nous retenons bien son nom, « Moe » Ravi sera probablement une des prochaines grandes figures politiques de New York.
Après une visite guidée à Ellis Island, nous passons notre dernière soirée new-yorkaise en musique : un bon vieux West Side Story ! « I like to be in America »….
03:11 Publié dans Rokhaya in the USA | Lien permanent | Tags : racisme, international, leadership, program, us, diversity, indivisibles, rokhaya, diallo | Commentaires (0)
24.03.2010
Il y a 45 ans, la tragique marche de Selma à Montgomery
Ce mardi matin nous partons très tôt pour nous diriger vers une ville dont le nom évoque un lieu de pèlerinage : Selma, Alabama.
Cette pittoresque ville du Sud, incarnant à merveille l’Amérique profonde est entrée dans l’Histoire en 1965. C’est de ce point qu’est partie la marche de protestation qui a marqué la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains. En ce « bloody Sunday », les manifestants tentant de parcourir pacifiquement le trajet de Selma à Montgomery furent violemment agressés par la police locale. Les images largement diffusées dans le monde suscitèrent l’indignation générale.
A notre arrivée, j’ai l’impression qu’une DeLaurean m’a téléportée à Hill Valley, la ville des années 1950 où Marty Mc Fly est projeté dans le film Retour vers le Futur…
Nous rencontrons Yusuf Abdou Salam élu au Congrès de l’Etat d’Alabama.
Fort d’une verve des plus grandiloquentes, il nous narre l’histoire de la quête d’égalité des Noirs de Selma, dont certains membres de sa famille ont été les protagonistes. Il revient ainsi sur les différents courants de pensée qui ont forgé les fondations de la lutte, convaincu qu’elle a inspiré de nombreux mouvements de protestation contre l’oppression de la Pologne à Tien An Men en passant par l’Afrique du Sud…
L’élu est actuellement en campagne, nous ne doutons pas une seconde qu’il sera réélu.
Au fil de notre parcours, nous ressentons la profonde empreinte des clivages raciaux dans la

ville. Nous nous arrêtons dans un cimetière militaire. Deux stèles érigées en l’honneur des soldats disparus pendant les deux guerres mondiales, dressent les listes des disparus, d’un côté les « white » qu’affectionne un certain maire d’Evry, et de l’autre les « coloured ». Malaise.
Puis, nous visitons le splendide Sturdivant Museum, situé dans une ancienne plantation esclavagiste. On nous y apprend que les briques et les dalles que foulent nos pieds ont été fabriquées à la main par des esclaves….Le personnel du musée qui nous reçoit exclusivement blanc. Ils sont charmants. J’aperçois au loin un homme noir d’un certain âge, vraisemblablement chargé des bases besognes. Nouveau malaise.
Heureusement, cette terrible impression est atténuée par l’une des plus belles rencontres de notre séjour : le Chief William Riley du Selma Police Department. Alors qu’il aurait pu tranquillement bénéficier de sa retraite de la police d’une autre municipalité au sein de laquelle il a servi durant 25, ans cet homme a décidé de poursuivre sa carrière au sein de la police de Selma. Avant la discussion, le Chief nous conduit dans les geôles du commissariat où ont été détenus plusieurs militants pour les droits civiques dont Martin Luther King. Désormais les prisons ne servent plus…
Puis nous entamons une vive et passionnante discussion au sujet des actions très imaginatives et interactives mises en place par le policier pour prévenir la délinquance des mineurs. De quoi clouer le bec aux détracteurs de la police de proximité.
Nous quittons la ville que les démons du passé semblent encore hanter, parcourant en voiture le théâtre de la tragique marche de Selma à Montgomery.

09:49 Publié dans Rokhaya in the USA | Lien permanent | Tags : racisme, international, leadership, program, us, diversity, indivisibles, rokhaya, diallo, montgomery, selma | | Commentaires (1)

